22
MAI

Testimonial l'entrepreneur hôtel massif passif à Heusden-Zolder!

A Heusden-Zolder, Fonny Jolling et ses collaborateurs mettent la dernière main au gros-œuvre du premier hôtel massif passif de Flandre. Mû par l’envie d’apprendre et la curiosité, Fonny s'est lancé ce fameux défi il y a près de quatre ans.

EPA a été créée il y a 18 ans et compte aujourd'hui en dehors de son gérant, Fonny Jolling, cinq maçons. Au cours de ces dernières années, l'entreprise de bâtiment a essentiellement collaboré avec un promoteur immobilier et réalisé des habitations dans des lotissements ainsi que des petits immeubles à appartements. Autrefois, l'entreprise se consacrait davantage à la construction et à la rénovation de résidences individuelles, avec une prédilection pour les projets relativement grands et complexes. L'hôtel massif passif sort donc complètement de ses habitudes.


Fonny Jolling: "Le maître d'ouvrage, André Vandebosch, est un de mes grands amis. C'est certainement ce qui m'a incité à accepter le projet. Mais j'ai également été poussé par l’envie d’apprendre car c'était totalement nouveau pour moi. Construire un bâtiment passif avec des matériaux céramiques était d'ailleurs inouï en Belgique. En outre, le maître d'ouvrage voulait encoller les briques céramiques, ce en quoi je n'avais aucune expérience."
"La préparation a demandé pas mal de temps. Dès le début, nous nous sommes régulièrement réunis pour discuter ensemble de la faisabilité de l'avant-projet existant et de son exécution: architecte, ingénieur, maître d'ouvrage, moi-même, les fabricants du concept massif passif Wienerberger et Recticel. Faire appel et demander conseil à des gens du métier est selon moi incontournable. Les fabricants qui viennent vous dire comment il faut faire et qui ignorent tout de ce qui se fait dans la pratique quotidienne, se fatiguent pour rien. J'ai en tout cas trouvé de bons interlocuteurs en les collaborateurs de Wienerberger. Lors de ces réunions, j'ai toujours considéré les éventuelles difficultés et les risques potentiels ainsi que l'aspect financier. Tout est pour ainsi dire réalisable mais le coût doit tout de même rester raisonnable. En ce qui me concerne, je considère ce projet comme un véritable investissement. Et je ne compte pas les nombreuses réunions et les samedis que j'y ai passés. L’envie d’apprendre et la curiosité n'ont aucun prix. Nous opérons l'exécution en régie parce qu'il est impossible de coller un prix fixe à ce genre de travail."
 

En quoi ont consisté les plus grands défis?
“Les matériaux de jointoiement ont certainement demandé l'attention nécessaire. Vu la conception des murs, un peu plus de 16 cm d'isolation et un joint de 3 cm, de longs crochets d'ancrage se sont avérés indispensables. Ils ne pouvaient pas être trop épais car ils devaient s'intégrer dans le joint mince. Il fallait aussi chercher une solution qualitative et facile à travailler. Parce que si le travail ne se déroule pas bien, vos collaborateurs se démotivent. Ils doivent pouvoir constater le soir qu'ils ont bien avancé.”
“La construction en elle-même a demandé pas mal d'adaptations pour être passive. En l'occurrence, le maintien d'une couche d'isolation de 16 cm a requis pas mal de travail de réflexion et d'étude.”
 

Fort de l'expérience de l'hôtel massif passif, construiriez-vous différemment aujourd'hui pour vous-même?
“Je m'orienterais effectivement vers une habitation à consommation énergétique extrêmement faible et prêterais attention à de nombreux détails dont je n'ai pas tenu compte il y a huit ans lorsque j'ai construit ma maison actuelle. Toutefois, j'avais déjà opté à l'époque pour une isolation des murs de 10 cm, ce que la plupart jugeaient alors une folie. J'ai opéré ce choix non pour des raisons énergétiques mais parce que je voulais avoir une maison fraîche, autrement dit pour le confort. C'est pour cette même raison que j'ai implanté les chambres à coucher au nord. Rétrospectivement, cette meilleure isolation semble une bonne mesure sur le plan énergétique alors que le surcoût s'élevait à cette époque à tout au plus 1 000 euros. J'insiste depuis de nombreuses années auprès des clients pour qu'ils choisissent une isolation plus épaisse et j'ai pratiquement toujours été soutenu dans ce sens par les architectes. Mais en dernière instance, le maître d'ouvrage tenait toujours compte de son budget alors qu'il y a quelques années, il s'agissait d'un surcoût de quelques centaines d'euros. Mieux vaut ignorer un moment les portes intérieures au profit d'une meilleure isolation car une fois celle-ci posée, il est difficile de la rectifier par la suite.”

Quels obstacles rencontre encore aujourd'hui la construction durable ?
“Le budget joue très souvent un rôle d'arbitre. Je suis personnellement convaincu que nous devons être économes avec l'énergie et les matières premières mais cela doit rester abordable. Comme je l'ai déjà dit, nous collaborons pour le moment principalement avec un promoteur immobilier. Il tient à la qualité mais tient compte également du prix. La question décisive est de savoir dans quelle mesure des investissements supplémentaires en isolation et techniques permettent encore des économies supplémentaires sur la facture énergétique. Peu de candidats-acheteurs seront prêts à débourser 5 000 euros de plus pour une habitation moyenne, en sachant que la facture énergétique sera réduite d'un montant mensuel restreint.”
“Un autre problème, c'est que des nouveaux développements attirent toujours des charlatans alors que de nombreux excellents hommes de métier vont souvent se montrer d'abord réservés parce qu'ils ne jurent que par la sécurité. Entre-temps, les amateurs en font le moins possible et confèrent à l'ensemble du secteur une mauvaise réputation.”
“Je pense que l'âge des entrepreneurs joue également un rôle. Les collègues plus âgés sont moins enclins à suivre de nouvelles voies. D'autre part, les nouvelles solutions ne sont pas toutes par définition meilleures. Prenez les entre-portes. On n'en a plus besoin aujourd'hui pour réaliser un beau raccord avec la porte et empêcher qu'elle commence à frotter lorsque des saletés viennent se glisser en dessous. Des planchers continus sont également beaucoup plus jolis. Mais un entre-porte avait aussi une fonction supplémentaire, il empêchait la formation de fissures dans le sol sous l'effet du tassement du sol. Lorsqu'aujourd'hui, des fissures apparaissent au bout de quelques années dans des planchers ininterrompus, c'est à tous les coups aux endroits où l'on avait autrefois un entre-porte. Mais la plupart des modifications sont bien entendu des améliorations.”
“Si nous voulons promouvoir la construction durable, nous devons dès lors nous tourner en premier lieu vers les jeunes entrepreneurs. Malheureusement, nous sommes confrontés à un autre problème. L'afflux de jeunes dans le secteur de la construction est assez limité et consiste en des personnes possédant un degré d'instruction peu élevé qui choisissent un poste dans le secteur de manière non délibérée. D'autre part, une bonne interprétation de ce poste requiert une meilleure perception et une plus grande implication, si bien qu'une meilleure formation est la bienvenue. Moi-même, par exemple, j'ai suivi sur l'insistance de mon père une formation de comptable avant de me lancer délibérément dans la construction. On rencontre trop rarement ce genre de parcours de nos jours. Il existe là encore un immense défi pour le secteur.”


 Trouvez-vous encore facilement de bons collaborateurs?
“J'ai jadis formé directement sur chantier plusieurs jeunes qui venaient de sortir de l'école. Par la suite, ceux-ci étaient chaque fois raflés par d'autres entreprises en échange d'un salaire horaire plus élevé. Un coup dur car avant que quelqu'un ne maîtrise toutes les connaissances de base, il faut facilement compter trois ans. C'est pourquoi, j'ai décidé depuis peu de ne recruter que des personnes expérimentées. Ils ne se braquent pas sur quelques sous de plus ou de moins mais tiennent également compte d'autres facteurs, par exemple le fait que j'accepte des travaux presqu'exclusivement dans la région si bien que leur trajet aller-retour jusqu'au chantier n'est pas trop long.”
 

 

Avez-vous dû leur enseigner des choses spéciales pour l'hôtel massif passif ?
“J'ai surtout dû les corriger en permanence. Logique puisque j'étais le seul à connaître l'histoire qui se cache derrière ce projet en ayant assisté à toutes les réunions. Il faut éviter de devenir trop nonchalant dans l'exécution d'un tel projet car on ne peut pas se le permettre. J'ai dû régulièrement attirer leur attention sur des détails essentiels et ils m'ont suivi sans problème. Je ne suis pas un patron autoritaire et suis présent chaque jour sur le chantier. Mais lorsque des nœuds gordiens doivent être tranchés, j'ai toujours le dernier mot à moins qu'ils puissent me prouver que leur approche est meilleure.”

Espérez-vous maintenant vous voir confier davantage de projets de ce genre ?
“Ce n'était pas du tout le but recherché lorsque j'ai entamé la construction de l'hôtel massif passif. Mais je suis convaincu que ce processus d'apprentissage est tout à fait judicieux. Ces dernières années, beaucoup de choses ont changé et d'après moi, des changements radicaux sont encore dans l'air. Je n'ai aucun problème avec ça, surtout après cette expérience.”
 

Source: www.duurzaambouwpact2020.be

 


Tags